
Remercier et nourrir les ancêtres
La fête Laba (腊八节), célébré le 26 janvier, soit le huitième jour du douzième mois lunaire, marque le début des festivités du Nouvel An chinois. C’est une fête de gratitude et de partage, profondément ancrée dans les traditions agricoles et spirituelles chinoises. À travers des offrandes aux dieux et aux ancêtres, les familles expriment leur reconnaissance pour les récoltes passées et prient pour une année nouvelle placée sous le signe de la prospérité et de l’harmonie.
Une fête née de la gratitude et du cycle agricole
Au fil des siècles, cette fête agricole s’est enrichie d’influences bouddhistes, confucéennes et populaires, devenant un moment privilégié de réconciliation familiale et spirituelle avant le Nouvel An chinois.
Dans la Chine ancienne, le douzième mois lunaire, appelé mois Là (腊月), était consacré aux rites saisonniers et aux sacrifices offerts aux ancêtres. Les paysans profitaient de cette période hivernale pour se reposer après les moissons et remercier les divinités protectrices des récoltes.
Le mot “Là” (腊) signifie à l’origine sacrifier aux dieux et aux ancêtres en hiver. C’est pourquoi la fête Laba symbolise la reconnaissance envers la nature et les ancêtres.
Le porridge de riz Laba (腊八粥) : symbole d’abondance et de compassion
La coutume la plus célèbre de la fête Laba est sans doute celle du Laba Zhou (腊八粥), un porridge de riz cuit longuement avec huit ingrédients symboliques : riz, haricots rouges, grains de blé, jujubes, châtaignes, noix, cacahuètes, fruits secs et parfois du sucre brun.
Chaque ingrédient porte un sens particulier :
- le riz symbolise la base de la vie,
- les haricots rouges évoquent la chance et la joie,
- les châtaignes et les noix représentent la longévité,
- les fruits secs rappellent la douceur et la continuité.
Préparer et partager ce porridge, c’est souhaiter à sa famille abondance, santé et harmonie pour la nouvelle année. Dans les campagnes, on en offrait également aux voisins, aux amis et même aux animaux domestiques, afin que tous profitent des bienfaits de la saison.
Une fête liée à l’histoire du bouddhisme
Dans la tradition bouddhiste, le 8e jour du 12e mois lunaire correspond aussi à la date de l’Éveil du Bouddha (成道日). Selon la légende, le prince Siddhartha Gautama atteignit l’illumination ce jour-là, après avoir accepté un bol de bouillie de riz offert par une villageoise compatissante.
Depuis lors, les temples bouddhistes commémorent cet événement en préparant et distribuant du Laba Zhou aux fidèles. Ce geste incarne la compassion et la générosité, valeurs fondamentales du bouddhisme.
Dans certaines régions de Chine, notamment au temple Yonghe à Pékin ou au temple Lingyin à Hangzhou, les moines se lèvent avant l’aube pour préparer d’immenses chaudrons de porridge Laba. Les pèlerins viennent prier et recevoir un bol béni, censé apporter mérite spirituel et bonne fortune.
Célébrer le Laba aujourd’hui
De nos jours, bien que les modes de vie aient changé, la tradition du porridge Laba perdure dans toute la Chine, et même à Taïwan. Certaines familles préparent le plat maison, d’autres achètent du Laba Zhou dans les boulangeries ou les marchés, où il est vendu comme un dessert hivernal nourrissant.
Dans les écoles et les communautés, cette fête est aussi une occasion d’enseigner la gratitude, la mémoire des ancêtres et la transmission des valeurs culturelles.
Dans les grandes villes, les temples et associations distribuent gratuitement le porridge pour rappeler l’importance du partage et de la bienveillance.
Un avant-goût du Nouvel An chinois
La fête Laba marque symboliquement le début de la période de préparation du Nouvel An chinois. Après cette date, les familles commencent à faire le grand ménage, acheter de nouveaux vêtements, décorer la maison et préparer les offrandes.
Ainsi, le Laba n’est pas seulement un rite ancien, mais aussi une porte ouverte vers la nouvelle année, un moment de purification, de gratitude et d’espérance.